Sous le terme d'échelle, nous désignons d'abord ce que les
cartographes ont défini comme un rapport métrique entre une
figure et la réalité qu'elle représente. L'échelle établit donc une
correspondance entre une réalité et un modèle
Phillipe Boudon, De l'architecture à l'épistémologie
Voilà qui n'est plus du tout conforme à la logique, car les
édifices publics [...] sont faits pour les hommes aussi bien que
les maisons, et nous ne grandissons pas du double ou du triple
quand nous y entrons. Pourquoi donc ces édifices sont-ils hors
d'échelle avec nous, avec nos besoins et nos habitudes ?.
Eugène Viollet-le-Duc, Dictionnaire raisonné de l'architecture
ECHELLE :
n.f du latin scala. « L'échelle est le
rapport d'une longueur sur une
représentation graphique,
cartographique, photographique,
sur une maquette, un modèle
réduit, etc., à la longueur réelle
correspondante. (L'échelle peut
être indiquée sous la forme du
nombre exprimant ce rapport ou
représentée graphiquement par un
trait gradué. Le document
représenté est d'autant plus détaillé
que l'échelle est plus grande) »
(Larousse)
L' échelle de 1/100
ème
, signifie que
1cm mesuré sur le plan représente
en grandeur réelle 100 cm (1 mètre)
Échelles et métiers (1)
Chaque métier du cadre de vie
utilise des échelles propres (1).
L'architecte utilise pour le « plan
d'avant- projet » le 1/100
ème
, pour le
plan d'exécution le 1/50
ème
(2 cm par
mètre), pour le plan de masse le
1/1000
ème
(1cm pour 10 mètres) .
L'architecte compositeur urbain
utilise pour le plan de masse (voir
ci-dessus) le 1/2000
ème
(1cm pour 20
mètres), voir R Auzelle. Pour le plan
de situation le 1/5000
ème
ou le
1/10000
ème
L'urbaniste utilise les mêmes
échelles, et aussi l'échelle de la carte
d'État major au 1/25000
ème
Le paysagiste utilise les échelles ci-
dessus .
Le planificateur , le géographe,
l'ingénieur de transports peuvent
utiliser le 1/50000
ème
.
Plans et légendes (2)
Chaque plan ou carte, emploient des
légendes spécifiques (couleurs,
signes, indication du Nord.) en
fonction des métiers et des échelles.
À chaque échelle utilisée, une
« grille » permet de lire le plan pour
restituer la dimension réelle. Chaque
échelle a sa propre légende. Pour les
urbanistes et paysagistes, les
couleurs représentent les éléments
naturels ou construits voire à
supprimer.... La discipline
urbanistique a conduit à
l'homogénéité des représentations
pour une commodité de lecture ; elle
permet d'établir un comparatif entre
différents objets étudiés.
J-N-L Durand (1760/1834) et
Robert Auzelle (1913/1983)
(3)
et
(4)
ont utilisé ce procédé en
représentant des bâtiments et des
espaces publics de différentes
époques à la même échelle (1/100 et
1/5000).
Historique des échelles
L'architecture grecque et romaine se
basent sur une règle de
proportionnalité qui apporte un
rapport harmonique dans les ordres.
Dans les « détails de l'ordre dorique
denticulaire d'après Vignole » qui
date du 16
ème
siècle, Georges
Gromort (1870/1961) dans
« l'essentiel sur les ordres » page 3,
indique : la colonne dorique fait 16
modules, l'entablement 4 modules
(un pour l'architrave, la frise et la
corniche se partagent pour moitié
les trois autres). La base et le
chapiteau ont chacun un module.
Les triglyphes ont un module de
large et séparent les métopes carrés
(5)
D'après Vitruve Jamais un bâtiment
ne pourra être bien ordonné [...] si
toutes les parties ne sont, les unes
par rapports aux autres, comme le
sont celles du corps d'un homme
bien formé (Vitruve, De
Architectura traduit par Perrault). Il
existe un rapport entre les mesures
du corps de l'homme comparées au
tout, c'est ce que met en exergue
L'homme de Vitruve (6)
Le Moyen-Age voit apparaître un
principe d'échelle qui ne varie plus
selon les dimensions de l'édifice,
mais selon une mesure uniforme
avec comme référence modulaire la
taille de l'homme.
L'homme est la toise, le sixième de
l'homme est le pied, le douzième du
pied est le pouce (Viollet-le-Duc).
Les architectes égyptiens utilisaient
quand à eux la grande coudée dans
l'élaboration des monuments (52 à
54 cm).
En 1861, Viollet-le-Duc, dans le
cinquième volume du Dictionnaire
raisonné de l'architecture consacre
« l'échelle humaine ».
L'inconvénient de l'usage de ces
termes réside dans leurs mesures
correspondant à des dimensions du
corps humain variables d'un pays à
l'autre.
En avril 1795, le besoin d'une
mesure universelle conduisit à
l'invention française du système
métrique décimal. Le mètre- étalon
déposé au pavillon de Breteuil à
Sèvres correspond à la dix-
millionième partie d'un quart de
méridien terrestre. La définition du
mètre a changée en 1983, mais la
dimension initiale.du mètre a été
inchangée. Cependant, les anglo-
saxons ont conservé un système qui
déroge au système universel, et dont
les unités se rapportent toujours à
des dimensions du corps humain.(1
inch = 2,5 cm, 1 foot = 30,5 cm)
En 1933 à Athènes, le IV
ème
Congrès international de
l'architecture moderne (CIAM),
étudie trente-trois villes du monde.
Les villes concernées vont être
représentées selon deux échelles
normalisées (1/10 000 et 1/50 000)
et par un double graphisme
(couleurs et noir et blanc) met en
évidence des informations (activités
urbaines, système de circulation,
infrastructures de transport, aires de
production ou de loisirs...)
(8)
et
(9)
En 1943 Le Corbusier dans la
Chartes d'Athènes, prône que le
dimensionnement de toutes choses
dans le dispositif urbain ne peut
être régi que par l'échelle humaine.
En 1945 il invente le Modulor, une
silhouette humaine standardisée par
des mesures qui sont en rapport les
unes aux autres et liées au Nombre
d'Or. qu'il utilisera dans la
conception de ses projets. La
mesure de l'homme est 1,83m
(7)
En 1978, L'association Française de
Normalisation (AFNOR) préconise
dans le document NF EN ISO 5455
« Dessins techniques : Échelles »,
une gamme d'échelles
recommandées pour les dessins
techniques applicables à tous les
domaines de la technique. Il s'agit
de normaliser les procédés
graphiques de représentation.
Expressions diverses
« L'échelle humaine », au sein d'un
espace vécu reste une donnée
sensible basée sur les perceptions
humaines. Le rapport à la Nature et
aux arbres, dont les dimensions se
composent avec des bâtiments
d'habitation R+4. Les alignements
d'arbres en bordure de voie
accompagnent l'alignement des
façades d'immeubles
haussmanniens...
« Le Hors d'échelle », à l'inverse
est employé, de plus en plus pour
qualifier l'architecture d'
immeubles-tours, ou de « barres »
de plusieurs centaines de mètres de
longueur. Ils donnent la perception
que le rapport harmonieux est
rompu entre l'habitant et la ville. Le
sens donné par Viollet le Duc (voir
citation) se rapproche plutôt de
l'échelle monumentale, comme le
Palais du Trocadéro.
« L'échelle monumentale ». On
dira d'un édifice, public ou
commémoratif, de grande
dimension et aux formes imposantes
qu'il est à une échelle
monumentale ; une cathédrale, le
pont de Millau
« Mettre à l'échelle », signifie qu'à
partir d'un « croquis » fixant un
« parti architectural » on réalise un
plan, une coupe.. respectant les
dimensions réelles à l'échelle
désirée. En général il convient
d'étudier à échelle moitié avant
d'agrandir à la « bonne échelle ».
Cette méthode permet au concepteur
de garder à l'esprit le principal par
rapport à l'accessoire
En France, le Plan local d'urbanisme
(PLU) et le Plan d'accessibilité à la
voirie et à l'aménagement des
espaces publics (PAVE) sont
imposés par l'État aux collectivités
locales. Ils utilisent diverses normes
d'échelles et légendes (voir
« espaces de transition »).
Le « Plan de mise en valeur de
l'Espace public », est proposé pour les
élus et professionnels du cadre de
vie. L'espace public doit être pris en
compte en tant que tel dans son
rapport avec les habitants. Il doit
être être ,pour tous les corps de
métiers, à « la bonne échelle », c'est
à dire à « l'échelle d'un territoire »
(communal ou de quartier , ou
intercommunal) avec une légende
appropriée.
V PLAN DE PAYSAGE, PLAN
LUMIERE, PLAN DE MASSE, PLAN-
RELIEF, ESPACE DE TRANSITION,
FORME URBAINE, MAQUETTE DE
VILLE, ESPLANADE